mercredi 30 janvier 2008

Flash-back

J'ai 14 ans. Je suis au secondaire. Je suis des cours d'arts avec un dénommé S, que je trouve beau comme un dieu, avec ses cheveux sombres, ses yeux chocolats, ses lèvres pulpeuses, son corps mince et musclé. Il a 23 ans. Je parle de lui dans mon journal intime sur une base régulière. Mon coeur s'emballe lorsque je le vois, j'en rêve la nuit : je suis amoureuse pour la première fois.
Je me souviens vaguement de cette journée. Je sais juste qu'il m'avait bouleversée, comme d'habitude, par sa beauté que j'idéalisais. Mon amie P et sa mère m'avait reconduite chez moi. Troublée, la tête ailleurs, j'avais oublié mes chaussures, de même que mes semelles orthopédiques, à un arrêt d'autobus. C'était la première fois que j'oubliais quelque chose à cause d'un garçon.
J'ai 22 ans. Je suis dans le fond de la classe, et lui, en avant. Je le regarde depuis le début du cours. Je suis incapable de détacher mes yeux de sa personne. Mon regard détaille avec envie son dos, que l'on peut voir à travers le tissu de son t-shirt blanc. Il a les cheveux bruns et courts, qui retroussent un peu par endroit. Il joue avec eux lentement ; je sens une sorte de désir monter en moi. J'aimerais pouvoir regarder ailleurs, mais j'en suis incapable. Il me fascine. Il a 20 ans, donc deux ans de moins que moi, mais pourtant me donne l'impression de redevenir adolescente, de retrouver mes 14 ans.
La classe se sépare en trois groupes de 25. D'habitude, je suis dans le groupe 1, et lui, dans le groupe 2. Mais le voilà qui s'avance vers le fond de la classe, vers mon groupe, vers moi. Pourquoi ? Il s'est trompé de groupe ? J'aimerais lui poser la question, l'interroger, mais aucun son ne sort de mes lèvres. Mon esprit se vide lentement de sa matière. Et il se retrouve à côté de moi, alors qu'il aurait pu aller ailleurs. Je m'assis sur mon bureau, et essaie d'écouter ce qui se dit autour de moi, mais je n'y parviens pas. Je ne le regarde pas, et il ne semble pas me regarder non plus. Quelle situation bizarre... Le seul regard qu'il m'adresse vient au moment de signer notre nom sur la feuille de présences. J'ai mon propre crayon en main. Il me tend la feuille, de même que le crayon que l'on fait circuler... Aucun mot n'est échangé. Fin de l'histoire. Troublée, perplexe, je quitte la salle de cours... et oublie mon parapluie derrière moi. Bordel.
J'ai 22 ans, mais l'adolescente de 14 ans demeure. L'adolescente silencieuse qui regarde de loin l'homme qui la fait se pavoiser.
Dans la vie, il y a les hommes que l'on trouble - et dont le trouble nous amuse - ainsi que les hommes qui nous troublent, et qui nous font pleurer toutes les larmes de notre corps le soir venu. Il existe donc une justice en ce bas monde...