Est-ce que je me sens bien dans ma peau présentement ? Non. Ça ne veut pas dire que je sois nécessairement déprimée ; de toute façon, la déprime ne tient pas sur moi. Elle finit toujours par décoller, et aller flotter joyeusement (!) ailleurs. Et je ne suis pas suicidaire non plus. Je suis trop curieuse de savoir ce qui se passera demain. Non, je ne suis pas en train de me taper une dépression, mais je ne suis pas bien non plus. J'ai l'impression de bloquer à des endroits où les autres ne bloquent pas. Les relations amoureuses, surtout. Aller vers l'autre. Faire sentir à l'autre que je l'aime bien. Je suis tétanisée par la Peur (oui, oui, avec un grand P). Peur de m'être trompée, et que la personne ne s'intéresse pas du tout à moi. Peur de tomber sur quelqu'un de mal. Peur de tomber sur quelqu'un que je ne pourrais pas présenter à ma famille. Peur de ne pas savoir quoi dire. Peur de me faire mal. Peur qu'on me fasse mal. Peur d'être nulle dans les relations de couple. Peur de finir par me lasser. J'ai PEUR. Je suis littéralement morte de trouille. J'aimerais ne pas être aussi peureuse. J'aimerais être capable d'aller vers les gens, de leur démontrer franchement mon intérêt. De regarder dans les yeux et de sourire à ceux qui semblent attirés par moi. Parce que ces peurs font que je reste sur place. Que je ne bouge pas, que je reste immobile, que je regarde la parade filer, au lieu de prendre une chance. Oui. Je regarde la parade filer, je rêvasse, je me pame, je me torture, je pleure quelques temps, j'essuie mes larmes, un oiseau passe, le soleil brille et ma peine est partie. Pouf ! Disparue la peine... jusqu'à la prochaine parade. C'est exaspérant. Et au lieu d'essayer de vaincre cette peur, je me dis que je suis bien toute seule, que chaque chose viendra dans son temps, bla bla bla... Le pire, c'est que je parviens à me convaincre. Parce que l'idée me plaît, parce qu'elle est socialement encouragée. Pendant ce temps, la parade passe, les garçons sur les chars alégoriques désespèrent que je fasse quelque chose, s'exaspèrent de ma valse-hésitation, puis abandonnent. Seuls les plus vaillants demeurent, c'est-à-dire ceux qui ne voient en moi qu'une amie, ou ceux avec qui je ne sortirais pas, mais qui s'en sont fait une idée.
C'est vraiment joli, la névrose... Pour me consoler, je n'ai qu'à me dire que les personnes intelligentes sont généralement plus toquées que le reste de la populace.
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