Pendant longtemps, j'ai cru que lui parler serait la solution. Permettrait un avancement quelconque. Incapable d'ouvrir la bouche, trop timide pour lui envoyer un courriel, j'ai attendu. J'ai laissé passer les semaines, les mois.
Après presque six mois de stagnation (voire de niaisage), je me suis décidée, et je lui ai laissé un message sur son profil d'un site Internet assez connu. Une question banale, en lien avec l'école. Rien de sentimental. Pas une invite. Seulement une petite question bien innocente. J'étais fière. J'avais enfin fait quelque chose. Résultat : rien. Aucune réponse, après près de deux semaines. Rien. Nada. Niet. J'ai essayé de lui trouver des excuses, mais le doute, qui ne m'a jamais quitté depuis le début, a fait son chemin dans mon esprit.
Encore, il y a deux jours, j'étais assise dans un couloir de l'école avec des amies. Il est passé près de nous. Prise d'une impulsion subite, je me suis levée, et je suis allée vers lui. Mode zombie.
Moi : Si c'est pour les stages, la feuille n'est pas encore affichée.
Il a eu l'air de se demander de quoi je parlais (ou de où je sortais, au choix).
Lui : Ah. Non. C'est pour remettre un travail.
Moi : Ah. Ok. Désolée.
Fin de la conversation. Dans un état second, je suis retournée m'asseoir. Trop troublée par le fait que de lui avoir parlé, j'ai à peine retenu le son de sa voix (maudite mémoire auditive !), ni mes paroles exactes. Comme si mon esprit s'était déconnecté de mon corps. Tout ce que je sais, c'est qu'il avait une attitude assez... neutre. Pas particulièrement heureux que je lui aie enfin adressé la parole, après tout ce temps.
Est-ce que vous vous rendez compte ? Six mois d'attente, et... seulement ça ! J'ai passé ce moment déterminant en état de zombie, et lui, il n'a pas eu plus de réaction que ça ! Ce qui m'amène, inévitablement, à me poser des questions. Dont l'inévitable : et si je m'étais fait des idées ? Et si je n'étais qu'une fille parmi tant d'autres ? Il me trouve peut-être mignonne, fine. Mais est-ce qu'il a un semblant de béguin pour moi ? Je ne crois pas. Disons que je ne mettrais pas ma main sur le feu, persuadée qu'il se brûle d'amour secrètement pour moi. Non.
Ou est-ce une question de timing ? Ai-je trop attendu ? Si je lui avais parlé, il y a deux mois, est-ce que les choses auraient été différentes ? Est-ce la grève qui a tout foutu en l'air ?
Hier, retour en classe. En raison d'une mauvaise gestion du temps de la part de la prof, nous n'avons pas eu le droit au jeu de rôles. Donc, pas de 15 minutes de silence intense pour moi. Il est passé une fois devant moi, et ça se limite à ça. Wow. Formidable.
Après le cours, j'ai laissé partir mes compagnes de classe avant moi, question de me retrouver seule pour réfléchir à tout ça. Il est débarqué à la station de métro en même temps que moi. Avec ses amis. Figée sur place, je le regardais de loin... et il le voyait. Toujours le même schéma. Pourtant, les amis avec lesquels il était ne me sont pas antipathiques. Loin de là. Mais... je ne me sentais pas invitée. J'ai donc fixé le vide, une douleur atroce me tordant les entrailles en tout sens. Au moment pour lui de descendre, il n'est pas passé devant mon wagon. Ses amis, si, mais pas lui...
J'en ai marre d'avoir continuellement l'impression que la faute repose sur mes épaules. Qu'il faudrait que ce soit moi qui bouge, qui fasse le plus dur du travail : faire les premiers pas. Pour aller lui dire quoi ? Déblatérer sur notre programme ? Lui tirer les vers du nez pour qu'il me parle de sa vie ? Dévoiler mes sentiments ? Damn... Et pourquoi ferais-je les premiers pas avec un gars qui n'a même pas répondu à ma question toute innocente ??? De toute manière, peut-être, comme je l'ai écrit plus tôt, je me fais des idées.
Pf... Ça ne pourrait pas être simple ?
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