Je suis une enfant. Je suis de sexe féminin. Malgré tout, en dépit de la théorie de l'habitus sexué (les hommes sont forts, ne pleurent pas, et les filles sont compréhensives et soumises), on m'apprend à être dépendante. À être autodidacte. À réussir par moi-même. À être capable d'être seule. À ignorer ceux qui me font mal, ceux qui n'en valent pas la peine. À être une battante qui se relève en cas d'échecs. À ne pas paniquer pour des riens. À attendre celui qui sera le bon pour moi ("un jour, ton prince viendra..."). On m'apprend aussi que la dépendance est mal. Poison. Caca. Dépendance = faiblesse. Ce sont les femmes faibles qui s'accrochent aux hommes. Ce sont les femmes faibles qui se font battre. Vous comprenez le principe, je crois. Et moi, enfant, j'aime l'idée, l'image : Je suis forte. Je suis intelligente. Je suis débrouillarde. Je suis superwoman !
Joli...
J'ai 22 ans. Je découvre cette envie d'être aimée. Follement, passionnément. Même si j'ai été éduquée depuis ma tendre enfance à être un chêne, un roseau indépendant, je veux être aimée. Je veux que quelqu'un pense à moi avec bonheur, ou avec tristesse. Je veux être dans les rêves de quelqu'un. Je veux troubler une personne au point qu'elle en souffre. Je veux qu'une personne me voit dans une foule. Je veux que quelqu'un soit jaloux des autres hommes sur lesquels je pose les yeux. Tout simplement parce que je ne veux pas être la seule qui sourit, la seule qui pleure, la seule qui rêve, la seule qui se trouble, la seule qui est jalousie, la seule qui oublie... à cause de quelqu'un. Certes, j'aurais aimé être plus forte que le restant de la planète, me vanter de n'avoir jamais besoin de personne... mais c'est faux. Je suis un être humain. Et j'ai besoin d'être aimée. Vraiment.
Et c'est pour cela que la Saint-Valentin m'exaspère, cette année. J'ai peur qu'il ne se passe rien. J'ai peur de souffrir parce qu'il ne se sera rien passé, justement... Et toujours les mêmes questions qui me trottent dans la tête : Est-il attiré par moi ? Si oui, va-t-il finir par se lasser ? C'est à voir, c'est à voir, c'est sûr, mais bon...
Encore quatre jours...
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